Après les vivats de la foule malienne et le discours de Bamako, François Hollande était hier dans le cadre plus feutré du Parlement européen de Strasbourg pour un discours attendu. Moins que celui par lequel David Cameron a promis un référendum sur la place de la Grande-Bretagne dans l'Union, mais important : même si elle n'est pas au mieux, la France a vocation à être une locomotive. Que retenir de propos tenus à deux jours du sommet européen sur le budget 2014-2020 et à la veille d'une réunion de calage entre Hollande et la chancelière allemande ?
1 Trouver un accord sur le budget

François Hollande estime de son devoir de trouver un compromis sur le budget européen. La discussion a capoté en novembre, car le fossé était béant entre la générosité de la Commission et la pingrerie de nombreux États membres qui ne veulent surtout pas contribuer davantage au budget alors qu'ils font de l'austérité à la maison. Vu de Paris, le maintien de la politique agricole commune reste une priorité, mais Hollande se résout déjà à voir baisser ses crédits avec en vue des « restructurations dans un secteur essentiel à nos territoires ». Car, aux yeux du président, « sacrifier des politiques de croissance pour sauver la PAC » serait une « facilité », et il se donne pour but de « raisonner » ceux qui voudraient amputer le budget européen, parmi lesquels Londres et… Berlin.
2 Tracer des pistes pour l'Union
François Hollande n'a pas critiqué David Cameron, expliquant même qu'il était d'accord avec le Premier ministre britannique sur le mariage homosexuel, qui était l'objet d'un vote des Communes hier à Londres (lire ci-contre). Mais le président a tenu à rappeler qu'un pays ne pouvait pas décider « à la place des 26 autres ». Pour sortir des blocages, il s'est prononcé pour une Europe « différenciée », qu'il veut distinguer d'une construction « à deux vitesses ». Lucide sur la montée des intérêts nationaux, il a remis sur le tapis l'idée de « nouveaux instruments financiers » pour la solidarité, façon de reparler des eurobonds, dont Berlin ne veut toujours pas. Et il a suggéré du « discernement » dans les politiques de compétitivité et de désendettement.
3 Vers une politique monétaire
Devant la montée de l'euro - 1,35 $, au plus haut depuis la mi-2011 - et ses conséquences néfastes sur la croissance et l'emploi, Hollande a pris position en faveur d'une politique de change « à moyen terme » dans la zone euro. Il a noté qu'elle est « prévue dans les traités » et « ne dépend pas que de la BCE ». Ce propos a été aussitôt relevé - et critiqué - à Berlin par la voix du ministre allemand de l'Économie, Rösler, pour qui « l'objectif doit être de renforcer la compétitivité au lieu d'affaiblir la monnaie ».
4 Mobiliser l'Europe au Mali
Hollande a reçu l'« hommage » du président de la Commission, José Barroso, pour son action au Mali. Il en a profité pour dire que Paris était intervenu « au nom de l'Europe et de la communauté internationale ». À ses yeux, il revient maintenant aux Européens de « participer au développement du Sahel ». En attendant, le président peut s'attendre à bénéficier d'une plus grande écoute de la part des autres responsables européens, lui qui s'était montré plutôt timide lors de ses premiers sommets.
À noter que Hollande a défendu le siège strasbourgeois du Parlement, en invoquant sa position de symbole de la réconciliation franco-allemande.
No hay comentarios:
Publicar un comentario